30 septembre 2008
Les carottes mal cuites du gouvernement
Il semblerait désormais que la simple fierté d’obtenir un diplôme avec une excellente mention ne suffise plus aux bachelier, puisqu’ils seront à présent récompensés non seulement par une magnifique médaille en chocolat, mais aussi par une somme d’argent, 200 euros par mois pendant les trois ans de licence pour ceux qui auront obtenu la mention très bien au bac histoire de féliciter ces excellents élèves. Une bonne initiative, qui sera certainement très bien accueillie par les familles, on va pas cracher dans la soupe… Cependant, comment faut-il envisager cette mesure ? Simple récompense des efforts fournis ? Motivation pour pousser les élèves à obtenir la dite mention, soit le bon vieux coup de la carotte et du bâton, qui rappelons-le, est sensé avant tout fonctionner sur les ânes…
Dans notre société ou tout n’est que consommation, faut-il payer les élèves pour qu’ils aient l’envie de réussir ? « si tu as 15/20 à ton prochain devoir, tu auras un nouveau portable ? » Ou tout simplement, ce gouvernement nous prend il pour des truffes ? J’imagine d’ici la réunion de ces grands esprits : « l’école va mal, de pire en pire, les parents grognent, les enseignants gueulent, et les élèves font grève (non mais ou va le monde ?)… allez, on leur pond une mesurette qui va calmer tout le monde… »
Certes, cette mesure s’adressant à des élèves issus de foyers modestes (familles non-imposables), ces 200 euros en plus tous les mois seront un sérieux coup de pouce pour poursuivre des études en toute sérénité… toutefois, ces élèves touchent déjà des bourses (et bien souvent, ils touchent aussi une somme d’argent par les municipalités), elles ne sont pas extraordinaires, elles ne couvrent pas toutes les dépenses, on sait tout ça, je suis moi-même étudiante boursière.
Mais est-ce une bonne solution de donner ainsi plus à ceux dont on sait qu’ils vont réussir, alors que le système des bourses en lui-même est complètement détraqué ? mais c’est ainsi que l’on fonctionne en France, on posant des bouts de sparadraps sur une jambe gangrenée. On a tous des exemples dans notre entourages, d’étudiants boursiers plus connus des soirées étudiantes que des bancs de la fac, qui font deux, voire trois premières années de licence dans des spécialités différentes, qui parfois travaillent au noir au lieu d’aller en cours, et qui tous, touchent encore leur bourse tous les mois. Bien sur elle diminue au fil du temps, et bien sur il y a aussi des boursiers qui galèrent, qui ont un job à côté de leurs études… mais ne faudrait-il pas augmenter les contrôles et le cas échéant, supprimer les bourses de ceux qui n’ont d’étudiant que le nom ?
Évidemment, dans la pratique ça devrait être le cas, mais ce contrôle est sensé être effectué par les profs. Or, comment un prof qui a une heure top chrono pour dispenser son savoir à 40 étudiants pourrait-il faire l’appel et noter les absents à chaque heure de TD, cours a priori obligatoire, sans perdre un quart de son temps, alors que chaque année, les profs ont du mal à boucler leurs programmes ? Lors de ma première année en fac, j’étais très effrayée par le discours « si tu vas pas en TD, tu perds la bourse ». Jusqu’au jour où je me suis aperçue que le prof s’en fout royalement, que d’ailleurs, tout le monde s’en fiche.
C’est plus simple de donner plus aux excellents et de fermer les yeux sur ce qui ne va pas. Au détriments aussi des autres, ceux qui n’ont pas eu la mention au bac mais qui triment quand même, qui deviennent parfois excellents en trouvant leur spécialité.
D’autant que, soyons honnête, un excellent étudiant va tout faire pour fuir la fac, puisqu’on sait tous qu’elle part à vau-l’eau. Sur le CV, mieux vaut avoir un diplôme de l’ENS qu’un simple Master. Dur d’y entrer, certes, mais ces étudiant mention très bien sont sensés être les meilleurs. Et une fois dedans, ô joie, ils sont PAYES pour étudier. 1.494,30 € brut pendant 4 ans. Parfois bien plus que leurs parents, et aussi que les ridicules petits boursiers de fac, avec leur ridicule petit diplôme qui ne les mènera qu’à l’ANPE du quartier.
De même pour la prestigieuse école de Science-Po, qui recrute sur concours SAUF certains bacheliers mention TB sur dossier…
L’excellence aura toujours une récompense, quoiqu’il arrive, et la meilleure de toute, ce n’est pas 200 euros par mois, mais bien de réussir ses études et de trouver un travail épanouissant et rémunérateur.
Plus facile d’aider les bons, les naturellement doués, il suffit de leur donner un peu d’argent pour assurer le côté matériel, et le reste, ils s’en chargent.
Plus difficile d’aider celui qui a des difficultés, pour qui le système scolaire n’est pas adapté, le largué, le nul, celui au fond de la classe, qui de toutes façons ne comprend rien à rien. Parce que là, distribuer l’argent ne suffit pas. Il faut des structures, des enseignants, une écoute, une réflexion sur l’éducation.
Difficile d’assumer cette position, de vouloir aider les faibles, toujours eux. Pourquoi ne pas récompenser les bons, ils le méritent, ils n’ont pas été victime de la fatalité, ils ont fait des efforts pour s’en sortir (et puis ça fait mieux dans le journal TV, la ménagère est contente, pourvu que Benjamin ait une mention très bien !). Mais ceux-là, finalement, ne s’en sortiront-ils pas toujours ? Et pourquoi eux bénéficieraient-ils d’un argent qui semble avoir disparu lorsqu’il s’agit de venir en aide aux plus faibles ?
Il paraît que les caisses sont vides, qu’il n’y a plus d’argent pour l’éducation, d’ailleurs on est obligés de supprimer des postes en collège et lycée, que voulez-vous ma bonne dame. Les caisses sont vides. Enfin pas pour les mentions très bien au bac. Qui seront assurément plus nombreux grâce à cette jolie carotte, malgré le fait qu’ils étudieront dans des conditions désastreuses, à 40 par classe, sans surveillants dans les couloirs. Mais ça, c’est parce qu’on supprime des postes. Parce que les caisses sont vides.
by Marie Mozziconacci
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19 septembre 2008
Risques de récession mondiale

Il convient en premier lieu de définir ce que l’on entend par récession. À l’heure actuelle, un taux de croissance mondiale inférieur à 3% correspondrait à une récession globale. En deçà, et compte tenu du socle de croissance minimale garantit par les pays émergents et en développement, de nombreuses régions du monde subiraient un recul provisoire de leur activité.
Particulièrement la zone euro, dont le ralentissement peut être expliqué par 4 facteurs inextricablement liés : La faible demande américaine, l’euro fort, le choc financier et les coûts de l’énergie.
Si le FMI table sur une croissance mondiale oscillant entre 3,7% et 3,8% à horizon 2009, Simon Johnson, chef économiste du Fonds, estime à ¼ la probabilité que le taux de croissance s’établisse sous la barre symbolique des 3%.
Le Fond recommande donc de mettre en place un ensemble de mesures budgétaires et monétaires, mais également d’aides publiques aux marchés financiers :
Une politique monétaire : Si les experts approuvent les baisses spectaculaires des taux d’intérêts consenties par la FED, suivit récemment par la Banque d’Angleterre, ils tentent également d’alerter la BCE sur la nécessité de baisser ses taux directeurs : « les perspectives de croissance sont de plus en plus négatives, la BCE peut se permettre d’assouplir sa politique monétaire ».
Cependant, Jean-Claude Trichet - qui poursuit sa croisade contre l’inflation -, a choisi de maintenir le statu quo monétaire. Bien que toujours persuadé de lutter efficacement contre celle-ci, les arguments viennent à lui manquer.
Rappelons que la flambée des prix des produits alimentaires, des matières premières et du pétrole a porté l’inflation à 3,5% dans la zone euro…
Aussi, dans le dernier rapport World Economic Outlook, on trouve une deuxième recommandation budgétaire : «En cas de sérieux ralentissement de l'économie mondiale, il serait envisageable de fournir une aide budgétaire temporaire, dans une série de pays qui ont assaini leur situation au cours des dernières années». L’idée avait déjà été formulée par Dominique Strauss-Kahn, le directeur général, et s’accompagne cette fois-ci d’une liste nominative « (…) l'Allemagne, le Canada et la Chine, plusieurs petits pays avancés, des pays émergents d'Asie de l'Est et d'Amérique latine, et les pays exportateurs de produits de base du Moyen-Orient et d'Asie centrale».
Enfin, dernière proposition, et non des moindres. Elle concerne « l'utilisation du bilan du secteur public pour soutenir le secteur du logement et les marchés financiers ». La formule, qui touche un sujet sensible, est volontairement confuse. Il s’agit de nationaliser temporairement les pertes du privé. Et ce, «compte tenu des risques d'interférence entre l'immobilier et les marchés du crédit».
(NDLR : L’article ayant été rédigé il y a deux semaines, on peut constater aujourd’hui que la dernière proposition de « nationalisation temporaire » a inspiré le gouvernement US, qui vient de sauver le géant AIG de la faillite...Le paradoxe libéral US dans toute sa splendeur.)
by Pierre Armanet
10:50 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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