21 mars 2009

Sommet du G20 : Panacée ou Placebo ?

g20_map.gifQue peut-on attendre concrètement de cette réunion ?

 

Vraisemblablement, le 2 avril prochain, un programme établissant les nouvelles règles du jeu de la planète finance sera engagé par les membres du G20. Parmi les 24 points au programme, 4 grands axes semblent se dégager : Une vigilance renforcée dans la détection des bulles émergentes, de nouveaux outils permettant l’éclatement précoce de ces bulles spéculatives (apparemment confiés au FMI, qui se languissait de se reconvertir), le renforcement du capital et des réserves de liquidités des banques (cf. Bâle II, wait & see), une gestion plus efficace du risque et une remise en cause des pratiques en matière de rémunération.

 

Si le plan va dans la bonne direction, il faudra toutefois patienter davantage pour se prononcer avec plus de précisions (Le chapitre « bulle spéculative » laissera perplexe quiconque a déjà entendu parler de mimétisme autoréférentiel ou de finance comportementale). Si l’idée de réglementer la « chaîne financière » dans son intégralité est louable (dispositifs prudentiels, responsabilisation des banques, mécanismes proactifs de détection, etc.), on ne peut que regretter qu’ils ne soient pas allés au bout du raisonnement. En effet, le programme s’éparpille sans cibler clairement les différents protagonistes de la crise, laissant ainsi un goût d’inachevé. Comme si on avait voulu taper sur tout ce qui bouge, de manière désordonnée. Pourtant, les évènements qui nous ont conduit jusqu’à la crise des subprimes sont clairement identifiables :

 

La FED, en maintenant ses taux beaucoup trop bas et beaucoup trop longtemps, a favorisé l’émergence d’une bulle. Le gouvernement Clinton a lancé un vaste programme permettant aux foyers les plus modestes d’accéder à la propriété, créant ainsi le crédit « subprime ». Les banquiers ont sauté sur l’occasion : le mécanisme de titrisation leur a permis de se défausser des risques (vers des tiers) et de s’affranchir des plafonds (créances hors-bilan), ils ont alors pu contracter des crédits immobiliers sans limites, engrangeant au passage des frais à la pelle (commissions, frais de dossiers, etc.). Les agences de notation ont dû évaluer des risques d’un nouveau genre, sans disposer du recul suffisant sur leurs modèles pour appréhender convenablement les derniers produits structurés en circulation : c’est ainsi qu’elles ont largement, et de bonne foi, sous-estimé les risques (Pour les curieux : Elles ont considéré que le pool de crédits était granulaire et non corrélé. Mais également sous-estimé les facteurs macroéconomiques : risque de taux et de collatéral).

 

Pour faire court, la réserve fédérale américaine a apporté le financement du laboratoire, le gouvernement Clinton a créé le virus, les banquiers ont commandité l’attaque biologique mondiale, et les agences de notation –dépassées par ce virus d’un nouveau genre- ont laissé entendre publiquement qu’il était inoffensif. On connait donc le qui, le quand, le quoi et le comment du dysfonctionnement. On est ainsi en droit d'attendre des solutions précises et percutantes.

 

Quoi qu’il advienne au cours de ce sommet, il aura permis aux 20 poids lourds de l’économie mondiale de s’agréger autour d’un programme commun, de faire front de concert et d’envoyer un signal fort à l’opinion publique. Et cette volonté affichée est peut être aussi importante que les règles qui vont être édictées dans moins de deux semaines. Parce que le moins que l’on puisse dire, c’est que la dernière crise aura créé un biais incitatif colossal (Puisque l’Etat vole à mon secours en cas de difficulté, à quoi bon évaluer les risques que je prends ?) Et s’il y a fort à parier que les nouvelles règles seront inéluctablement contournées et galvaudées - comme toujours - la faute à des outils répressifs inopérants (à l’image des codes éthiques et autres chartes de bonne conduite paraphés du fameux « comply or explain »), les vingt chefs d’Etats et de gouvernement réunis à Londres auront tout intérêt à frapper un grand coup, du moins pour se donner bonne conscience…

 

by Pierre Armanet

Commentaires

Bel Article

Ecrit par : Ambre Soubiran | 27 octobre 2009

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