24 janvier 2009

Nos enfants, des génies ignorés

3a47a970-e667-11dd-b466-45f6caa5da26.jpgDepuis le temps qu’on nous répète que l’école française va de plus en plus mal, que les enfants arrivent en 6eme sans savoir lire et écrire, que le niveau de culture des jeunes frôle le zéro absolu…Foutaise que tout ceci ! Et le ministre de l’éducation Xavier Darcos l’a bien compris, gloire à lui !
Il suffit de voir les évaluations que tous les petits français de CM2 viennent de passer pour s’en convaincre : Hemingway (dont 15 minutes pour rédiger 15 lignes de suite au texte proposé, des génies vous dis-je !), Maupassant (vue la richesse vocabulaire, on peut faire coup double : test de lecture, et texte de sélection pour les candidats à l’immigration), le Musée d’Orsay… Il fallait un visionnaire tel que Darcos pour entrevoir le potentiel, que dis-je, le génie de nos chères têtes blondes (les têtes noires se faisant de plus en plus rares, quotas oblige), jusque là largement sous-estimées !
Autres excellente idée du ministère pour alléger la charge des enseignants, le système de notation, d’une simplicité… enfantine : tout noir ou tout blanc (le noir étant le méchant de l’histoire, je le rappelle), c'est-à-dire une ou dix erreurs = zéro points. Même plus la peine de se fatiguer avec des considérations inutiles telles que l’échelle de gravité de l’erreur.
Et vous savez la meilleure ? Nos chers petits surdoués ont pu acquérir toutes ces connaissances en 4 mois au lieu d’une année scolaire, ce qui a permis d’effectuer ces tests à la mi-janvier ! Inespéré ! Ainsi les enseignants disposent encore de 5 mois pour revoir avec leurs élèves les points moins bien maîtrisés. Quand on sait la lourdeur des programmes en plus de l’allègement de l’emploi du temps, sans parler des classes surchargées, c’est un véritable exploit qu’ont accompli nos enseignants, galvanisés par l’enthousiasme soulevé par les dernières réformes du gouvernement ! Félicitons-les également !
Aucun doute que ces évaluations seront globalement réussie pour tous ces élèves, dans des conditions pareilles, on peut dire que toutes les chances auront été mise de leur côté. Cette réussite permettra enfin de faire taire les voix qui s’élèvent (mais pas à l’éducation nationale bien entendu, qui elle a toujours soutenu les enseignants et professeurs), pour dénoncer l’absence d’efficacité des enseignants ! Nul doute non plus que ce succès remettra en cause le nouveau système de soutient (qui devient dès lors inutile, comment le serait-il alors qu’on est désormais capable de traiter un programme prévu pour dix mois en quatre !) et justifiera la suppression des RASED !
On nous ment depuis le début : tout va bien en France.


Pour plus d’info et les livrets d’épreuves (exercez-vous, amusez vous !) : http://4tous.net/ecoledemain/spip.php?article63

 

by Marie Mozziconacci

05 décembre 2008

Qui a voté pour Big Brother ?

bigbrother2.jpg220 000 euros par an pour nous surveiller. Enfin, pas tous. Seulement les personnels de l’enseignement. Les opposants au gouvernement, de préférence.
220 000 euros pour, je cite : « repérer les leaders d'opinion, les lanceurs d'alerte, et analyser leur potentiel d'influence et leur capacité à se constituer en réseau (…)anticiper les risques de contagion et de crise. ». 100 000 pour le compte du ministère de l’éducation nationale, 120 000 pour celui de l’enseignement supérieur.
220 000 euros pour surveiller les blog et les sites participatifs et identifier les leader de la contestation.
C’est bien connu, les blogs de profs sont à trèèèèèès haut risque, il convient de les surveiller. Comme il convient de faire pression financièrement sur ces directeurs d’école réfractaires à la loi sur le fichage des élèves. Comme il convient de menacer de fermer des classes si l’on ne suit pas sagement les directives du gouvernement. Le genre de menace qui doit faire plaisir aux parents… qui seront néanmoins satisfait que lors des grèves d’instit’, leurs enfants soient gardés à l’école. Le gouvernement fait tant pour les parents.
Ceci-dit rassurez-vous. Tous les grands ministères ont un budget alloué à la veille de l’opinion. Au moins vous savez où passe votre argent.

 

by Marie Mozziconacci

07 novembre 2008

Un pavé peut aussi servir à construire

2008-08-27T134208Z_01_NOOTR_RTRIDSP_2_OFRTP-FRANCE-UNIVERSITE-UNEF-20080827.jpg« Les jeunes sont en 1ere ligne des conséquences économiques et sociales des crises cycliques et des incompétences aux ministères. 50 000 boursiers de moins ! Un chômage à la hausse ! Les prêts étudiants nous endettes dès la remise de notre diplôme alors que l'on n'a même pas commencé à payer celle de l'état. L'heure est au rassemblement ! A la révolution ! Nous revendiquons plus de prêt, mais des dons, des bonbons, des pains au chocolat et des sorties au ciné gratuite ! Amis Etudiant...Vive nous !» Vous trouvez ça ridicule ?

Vous avez bien raison, mais l’A.G du syndicat étudiant de ce midi n’était pourtant pas dénudée de sens. Si les solutions sont discutables les problèmes eux sont réels.

¤ Les étudiants ont faim et mangent mal, trop mal même ! La malnutrition les touche pour plusieurs raisons dont la baisse du pouvoir d’achat qui frappe plus les personnes aux faibles revenus.

¤ Ce n’est plus un secret, certains étudiants ne vont pas chez le médecin alors qu’ils sont malade et se rendent chez le dentiste ou autres spécialistes qu’en cas d’urgence.

¤ Emploi étudiant et la mauvaise tourmente. Nombreux sont ceux qui ne parviennent pas a tenir le rythme du 7 jours sur 7 pendant que certains loupent des journées d’enseignement pour avoir plus d’argent.

¤ Les places dans les écoles réputées sont chères. Plus chères que des bonnes notes.

¤ L’inadéquation des formations proposées avec la demande des entreprises.

Face a ces cinq problèmes sélectionnés parmi d'autres il existe une frustration. La frustration de voir leur priorité passer toujours en arrière plan. La crise financière, la crise économique, la faim dans le monde, la pauvreté, les guerres...Même l'indiscipline des supporteurs du P.S.G (je suis fan) donne parfois l'impression d'être une priorité nationale. Quel ingrédient manque-t-il pour en faire une cause nationale ? Même les infos choc ont été employées. Taux de suicide des étudiants (1ere cause de mortalité des 15-25 ans), prostitutions pour payer sa vie, voir fuite de cerveau.

En faire une cause digne de ce nom est une piste que je conseille aux syndicats étudiant, pour ma part je me demande comment peut-on sortir de ce problème...

Quelques pistes si elles le sont :
- Il faut réconcilier l'état, les entreprises et les étudiants. En les formants pour être opérationnel directement. Des stages en entreprise pour les enseignants qui ne sont pas professionnels peuvent être étudiés. On peut profiter des sommes qu'ils reçoivent pendant les congés pour les rapprocher des entreprises.

- Stopper la fuite des cerveaux. Il faut proposer des « Don exceptionnels » en contrepartie d'une activité professionnelle dans une entreprise où l'état possède des parts (EDF, RENAULT, AIRFRANCE...). Comme météo France le fait actuellement.

- Etablir des frais de scolarité en fonction de la rémunération des parents ou tutelle pour gommer les inégalités et conserver la gratuité pour les boursiers.

- Pas d’avance sur les frais médicaux et la gratuité de ces derniers.

- Interdire aux entreprises de faire travailler les étudiants plus de 20h par semaine hors périodes de congés.

- L'argent ne fait pas tout. Il faut aussi une reconnaissance et donc une participation à la vie publique sous forme d'emploi ou de stage de construction (bibliothèque, musée, assemblée, ministère, police, armée, pompier...), pour les sensibiliser à certains corps de métier et leur demander une étude pour les améliorer.

En conclusion « un pavé peu aussi servir à construire ». Les parlementaires sont des enfants de 68, d'anciens étudiants, ils peuvent comprendre cette cause et reprendre le pavé pour construire. Pas le jeter... Les étudiants aussi peuvent comprendre que l'éducation est un droit certes, mais également un projet individuel (investissement) qui laisse émerger des devoirs. Tandis que les entreprises ont besoin d'étudiants performants. Tous ensemble, d'une même cadence, l'avenir nous appartient...

by Sidi Sakho

06 novembre 2008

Savoir enseigner ou enseigner un savoir ?

log-iufm.pngDernière brillante idée du gouvernement concernant l’éducation : la création d’un « master enseignement », histoire de ponctionner un peu plus les filières de recherche, et avec un peu de chance, fermer quelques sections qui coûtent cher. Si au passage on peut bousiller un peu plus notre système scolaire, on va pas se priver.
Jusqu’à présent, un étudiant souhaitant passer son CAPES devait avoir un master 1 dans sa spécialité, puis préparer le concours national (idem pour l’Agrégation où il fallait un M2). Ce système permettait aux étudiants d’approfondir leurs connaissances dans leur domaine, et de s’initier au travail de recherche, une faible minorité poursuivant par la suite dans cette voix.
A présent, dès la licence obtenue, le futur enseignant devra préparer son CAPES ou son Agreg’ au sein de l’IUFM, avec seulement quelques cours de troncs communs avec ses camarades ayant choisit la recherche.
Premier problème : s’il échoue à son concours, comme 75% des candidats, l’étudiant n’aura en poche que l’équivalent d’une licence, soit 2 années d’étude pour rien. Deuxième problème : l’étudiant n’aura plus la possibilité de choisir de se perfectionner dans un domaine, il devra immédiatement après la licence « choisir » « d’apprendre » à devenir prof à l’IUFM, avec la réussite qu’on lui connaît. Ce qui implique que le concours changera de nature, avec des épreuves portant sur le « programme » en général, et de « didactique », « pédagogie » (clownerie ?) etc…
Enfin dernier problème et pas des moindres, la plupart des étudiants qui remplissent les classes de master ont dans l’idée de passer un concours d’enseignement au bout d’un an ou deux. Avec ce système, les filières recherche seront irrémédiablement vidées, avec un risque de fermeture par les universités de ces sections plus assez rentables, et à terme, la mort de la recherche dans certaines disciplines.
Alors nous savons bien que pour Monsieur Sarkozy les langues mortes ou les sciences humaines ne servent à rien et ne représentent qu’une perte d’argent pour l’état, nous savons bien qu’on ne prête qu’aux riches, surtout en période de crise, nous savons bien que la défunte Ecole Normale qui a formé des générations de très bons instit coûtait trop cher, mais faut-il pour autant accélérer la mort cérébrale de notre nation déjà si mal en point ?
Le problème est de toutes façons toujours de même, le prof doit connaître son sujet, et savoir le transmettre, ce qui implique un maximum d’étude de la discipline, et aussi l’appréhension des « techniques » pédagogiques. L’IUFM n’est pas du tout au point sur ce dernier sujet, et seule l’université peut apporter aux futurs enseignants les connaissances nécessaires, même si elle a besoin d’être réformée en profondeur une meilleure efficacité.
La nouvelle réforme a le mérite de former des profs qui n’auront ni l’une ni l’autre de ces qualités. Et ça, c’est déjà un beau petit exploit en soit.

by Marie Mozziconacci

30 septembre 2008

Les carottes mal cuites du gouvernement

éduc-nat.pngIl semblerait désormais que la simple fierté d’obtenir un diplôme avec une excellente mention ne suffise plus aux bachelier, puisqu’ils seront à présent récompensés non seulement par une magnifique médaille en chocolat, mais aussi par une somme d’argent, 200 euros par mois pendant les trois ans de licence pour ceux qui auront obtenu la mention très bien au bac histoire de féliciter ces excellents élèves. Une bonne initiative, qui sera certainement très bien accueillie par les familles, on va pas cracher dans la soupe… Cependant, comment faut-il envisager cette mesure ? Simple récompense des efforts fournis ? Motivation pour pousser les élèves à obtenir la dite mention, soit le bon vieux coup de la carotte et du bâton, qui rappelons-le, est sensé avant tout fonctionner sur les ânes…

 

Dans notre société ou tout n’est que consommation, faut-il payer les élèves pour qu’ils aient l’envie de réussir ? « si tu as 15/20 à ton prochain devoir, tu auras un nouveau portable ? » Ou tout simplement, ce gouvernement nous prend il pour des truffes ? J’imagine d’ici la réunion de ces grands esprits : « l’école va mal, de pire en pire, les parents grognent, les enseignants gueulent, et les élèves font grève (non mais ou va le monde ?)… allez, on leur pond une mesurette qui va calmer tout le monde… »

 

Certes, cette mesure s’adressant à des élèves issus de foyers modestes (familles non-imposables), ces 200 euros en plus tous les mois seront un sérieux coup de pouce pour poursuivre des études en toute sérénité… toutefois, ces élèves touchent déjà des bourses (et bien souvent, ils touchent aussi une somme d’argent par les municipalités), elles ne sont pas extraordinaires, elles ne couvrent pas toutes les dépenses, on sait tout ça, je suis moi-même étudiante boursière.

 

Mais est-ce une bonne solution de donner ainsi plus à ceux dont on sait qu’ils vont réussir, alors que le système des bourses en lui-même est complètement détraqué ? mais c’est ainsi que l’on fonctionne en France, on posant des bouts de sparadraps sur une jambe gangrenée. On a tous des exemples dans notre entourages, d’étudiants boursiers plus connus des soirées étudiantes que des bancs de la fac, qui font deux, voire trois premières années de licence dans des spécialités différentes, qui parfois travaillent au noir au lieu d’aller en cours, et qui tous, touchent encore leur bourse tous les mois. Bien sur elle diminue au fil du temps, et bien sur il y a aussi des boursiers qui galèrent, qui ont un job à côté de leurs études… mais ne faudrait-il pas augmenter les contrôles et le cas échéant, supprimer les bourses de ceux qui n’ont d’étudiant que le nom ?

 

Évidemment, dans la pratique ça devrait être le cas, mais ce contrôle est sensé être effectué par les profs. Or, comment un prof qui a une heure top chrono pour dispenser son savoir à 40 étudiants pourrait-il faire l’appel et noter les absents à chaque heure de TD, cours a priori obligatoire, sans perdre un quart de son temps, alors que chaque année, les profs ont du mal à boucler leurs programmes ? Lors de ma première année en fac, j’étais très effrayée par le discours « si tu vas pas en TD, tu perds la bourse ». Jusqu’au jour où je me suis aperçue que le prof s’en fout royalement, que d’ailleurs, tout le monde s’en fiche.

 

C’est plus simple de donner plus aux excellents et de fermer les yeux sur ce qui ne va pas. Au détriments aussi des autres, ceux qui n’ont pas eu la mention au bac mais qui triment quand même, qui deviennent parfois excellents en trouvant leur spécialité.

 

D’autant que, soyons honnête, un excellent étudiant va tout faire pour fuir la fac, puisqu’on sait tous qu’elle part à vau-l’eau. Sur le CV, mieux vaut avoir un diplôme de l’ENS qu’un simple Master. Dur d’y entrer, certes, mais ces étudiant mention très bien sont sensés être les meilleurs. Et une fois dedans, ô joie, ils sont PAYES pour étudier. 1.494,30 € brut pendant 4 ans. Parfois bien plus que leurs parents, et aussi que les ridicules petits boursiers de fac, avec leur ridicule petit diplôme qui ne les mènera qu’à l’ANPE du quartier.

 

De même pour la prestigieuse école de Science-Po, qui recrute sur concours SAUF certains bacheliers mention TB sur dossier…

 

L’excellence aura toujours une récompense, quoiqu’il arrive, et la meilleure de toute, ce n’est pas 200 euros par mois, mais bien de réussir ses études et de trouver un travail épanouissant et rémunérateur.

 

Plus facile d’aider les bons, les naturellement doués, il suffit de leur donner un peu d’argent pour assurer le côté matériel, et le reste, ils s’en chargent.

 

Plus difficile d’aider celui qui a des difficultés, pour qui le système scolaire n’est pas adapté, le largué, le nul, celui au fond de la classe, qui de toutes façons ne comprend rien à rien. Parce que là, distribuer l’argent ne suffit pas. Il faut des structures, des enseignants, une écoute, une réflexion sur l’éducation.

 

Difficile d’assumer cette position, de vouloir aider les faibles, toujours eux. Pourquoi ne pas récompenser les bons, ils le méritent, ils n’ont pas été victime de la fatalité, ils ont fait des efforts pour s’en sortir (et puis ça fait mieux dans le journal TV, la ménagère est contente, pourvu que Benjamin ait une mention très bien !). Mais ceux-là, finalement, ne s’en sortiront-ils pas toujours ? Et pourquoi eux bénéficieraient-ils d’un argent qui semble avoir disparu lorsqu’il s’agit de venir en aide aux plus faibles ?

 

Il paraît que les caisses sont vides, qu’il n’y a plus d’argent pour l’éducation, d’ailleurs on est obligés de supprimer des postes en collège et lycée, que voulez-vous ma bonne dame. Les caisses sont vides. Enfin pas pour les mentions très bien au bac. Qui seront assurément plus nombreux grâce à cette jolie carotte, malgré le fait qu’ils étudieront dans des conditions désastreuses, à 40 par classe, sans surveillants dans les couloirs. Mais ça, c’est parce qu’on supprime des postes. Parce que les caisses sont vides.

 

 

by Marie Mozziconacci